A propos de l'auteur

nicolasJe suis le président et fondateur de FRANTSIA.J’ai gardé de mon enfance dans la Vallée de la Loire mondialement connue pour ses châteaux, l’amour des bâtiments majestueux et une certaine idée de l’élégance à la française.
J’ai commencé ma carrière dans l’Armée de l’Air française en tant qu’officier pilote. J’appréciais la droiture et le sens de l’engagement que l’on demande à un officier...

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Cannes - patrimoine - Les quartiers…

 

La Bocca

Dunes, marécages et ruisseaux. Au début du XIXe siècle, le lieu-dit « la Bouccas » n’était qu’une terre sauvage avec une poignée de maisons. C’est par l’action de Joseph Barthélemy, un maître verrier d’origine piémontaise, qu’est né le coeur ouvrier de la Bocca. Il y crée une verrerie et une cité pour ses employés en 1858. Des écoles, des potiers, des parfumiers s’installent à proximité, suivis de vanniers, de maréchaux-ferrants, de marchands de vin, de laitiers.

En 1899, les bâtiments sont loués comme entrepôts de stockage à des entrepreneurs et à des négociants qui profitent de l’embranchement avec le rail créé pour la verrerie. Dans les années 1960, la pression démographique a raison des petites maisons ouvrières du bourg, remplacées par de grands immeubles. En 1985, les bâtiments de la verrerie font place à une résidence de standing et à un complexe hôtelier. Le chômage et l’insécurité progressent. Les commerces ferment, les logements sociaux des quartiers nord se peuplent de nouveaux habitants. « Traditionnellement ouvrier et communiste, le secteur de la Bocca avait mauvaise réputation dans les années 30 », note André Seratore, coauteur du livre « Il était une fois la Bocca ».

« Certains Cannois n’y mettent jamais les pieds, renchérit Joseph Caglieris, le président de l’association des Vieilles Familles bocassiennes. Pourtant, depuis 2001, notre quartier change beaucoup. »

Une médiathèque et un espace informatique agrémentent l’espace Ranguin. Un nouveau plan local d’urbanisme limite la hauteur des immeubles et encourage la création d’espaces verts. Sur l’ancienne propriété du chanteur Maurice Chevalier, un centre de tennis de 22 courts est en construction, tandis qu’un pôle universitaire, une technopole de l’image et un multiplexe de cinéma sont annoncés au coeur de la Bocca.

La Croix-des-Gardes

C’est dans cette forêt de mimosas et de pins que jusqu’aux années 60 les familles cannoises allaient pique-niquer le week-end. « Ses pentes ont abrité la première culture de mimosas, rapportée d’Australie par un Cannois », rapporte l’historien Pierre Ipert.

Dès 1946, de riches villas sortent de terre dans le bas de la Croix-des-Gardes. La colline est aujourd’hui parsemée d’immeubles et de maisons modernes. En 2005, la construction du lotissement Cannes Grand Parc, 10 immeubles de standing sur le versant nord, a suscité la polémique. La Croix-des-Gardes est-elle toujours le poumon vert de la ville ? « Depuis le plan local d’urbanisme adopté en 2004, c’est un espace protégé, intouchable », rassure Michel Blachère, au cabinet du maire.

Le Suquet et la rue Meynadier

Ruelles étroites et tortueuses, maisons de pêcheur à l’abri du château et de l’église, au XIXe siècle, le quartier du Suquet concentrait l’essentiel de l’agglomération cannoise.

Empruntée par les coches et les diligences, la rue Suquet permettait de rejoindre Antibes et Grasse. Il y a encore quarante ans, la rue Saint-Antoine était le royaume de l’épicier, du boucher, du marchand de chaussures, du photographe et de l’étameur. « Tout le monde avait un surnom , se souvient Georget Daumas, le président de L’Espérance de Cannes, la fanfare historique du quartier.

Aujourd’hui, la plupart des Suquétans d’origine n’y habitent plus. Les maisons et les appartements familiaux ont été vendus à des Européens fortunés. Les commerces traditionnels ont disparu pour laisser place à des galeries d’art, des restaurants qui créent l’animation le soir. Très préservé, le berceau de Cannes abrite des événements culturels, comme les Nuits musicales. Il est le premier quartier de la ville à avoir bénéficié du plan lumière en 2005. « Le Suquet s’est vidé de beaucoup de traditions, mais il n’a pas changé d’aspect extérieur, assure Georget Daumas. Il reste de véritables Suquétans, comme le barbier Michel Gerardi ».

La rue Meynadier, qui prolonge le Suquet, a longtemps été l’artère principale de la cité cannoise. « C’était la Provence, se souvient Jacqueline Campani, véritable mémoire des quartiers de Cannes. Les tonneaux regorgeaient d’olives fraîches, de haricots verts et de lentilles que nous achetions au détail. L’huile d’olive nous était servie à la pression, on ne comptait pas le nombre d’épiciers, de traiteurs, de charcutiers. » Des boutiques de vêtements et de souvenirs les ont remplacés.

La Croisette

Le plus célèbre boulevard de la Côte d’Azur n’était au début du XIXe siècle qu’une lande sablonneuse avec des roseaux et quelques bouquets d’arbres… De simples bastides et cabanons se tenaient là où dominent aujourd’hui les prestigieux palaces. Sur la grève, les pêcheurs étendaient leurs filets et tiraient leurs barques. C’est là qu’avaient lieu les revues et les manoeuvres des troupes de passage.

Les édiles cannois ont vite compris qu’une promenade agréable le long du rivage leur permettrait d’attirer de riches hivernants. Percée en 1862, la promenade de la Croisette est achevée dix ans plus tard.

« En 1914, le boulevard de la Croisette bordé de grands hôtels et de somptueuses villas de style Belle Epoque constituait déjà la partie la plus fastueuse de la ville, elle-même classée parmi les destinations les plus élégantes du monde », écrit Pierre Ipert dans « Cannes et ses rues », publié en 2002. En juin 1936, les premiers congés payés provoquent une arrivée massive de vacanciers sur les plages où, jusque-là, seuls quelques baigneurs s’aventuraient l’hiver… En 1963, toute la plage de la Croisette fut élargie. C’est à ce moment-là que des travaux dédoublent le boulevard agrémenté de plates-bandes, d’arbres, de palmiers et de pins.

Aujourd’hui, chaque palace abrite un restaurant gastronomique et une plage privée. Devenue la vitrine de Cannes, la Croisette est le centre de toutes les attentions.

Prado-République

« En 1928, le quartier Prado-République avait des allures de campagne. J’allais chercher le lait directement à la ferme dont les douze vaches approvisionnaient tout le voisinage , se souvient Suzel Bulliat, qui vit là depuis quatre-vingts ans. Il y avait beaucoup de vie sur l’actuel boulevard de la République, des artisans, des matelassiers. Des maçons italiens fuyant le régime fasciste y avaient construit leurs maisons, aujourd’hui remplacées par des immeubles. »

Il y eut ensuite la grande époque des Anglais amoureux de la saison d’hiver sur la Côte d’Azur.

A partir de 1936 et du lancement de la saison d’été sur la Croisette, nos voisins d’outre-Manche délaissèrent le quartier. La campagne devenue un quartier résidentiel a commencé à dépérir. « Nous sommes en train de réhabiliter ce quartier qui se paupérise depuis trente ans », reconnaît David Lisnard, premier adjoint au maire. Le lycée Jules-Ferry a été rénové et agrandi, les façades ont été ravalées. La place du Commandant-Maria, qui abritait autrefois un marché provençal réputé, a été relookée. L’ancienne usine à gaz doit être prochainement transformée. « On aimerait que ce soit une salle de spectacle », commente Suzel Bulliat, qui a mené pendant trente ans les activités de l’Amirean.

La Californie

Hier, une forêt d’eucalyptus et de pins ; aujourd’hui, le quartier résidentiel des milliardaires. « Dès l’engouement des Anglais puis des Russes pour Cannes, cet éden offrant un panorama à 380 degrés sur l’une des plus belles baies du monde a été le plus prisé », relève Pierre Vouland, ancien conseiller municipal.

Le chemin des Collines, la corniche du Paradis-Terrestre, l’avenue de Vallauris abritent des propriétés extraordinaires, habitées par de grands bourgeois dans les années 50 et 60. Depuis vingt ans, nombre d’entre elles appartiennent à des Saoudiens qui y construisent de grands palais dotés d’impressionnants dispositifs de sécurité privés.

Dans sa partie basse aussi, la colline de la Californie regorge de fabuleuses maisons cachées, comme la célèbre villa du peintre Jean-Gabriel Domergue, propriété de la ville.

Constance Rondet
01/05/2008 N°1859 Le Point

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